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Conditions des ateliers de psytrialogue

(Psychose-Seminar)

résumé tiré de « Es ist normal, verschieden zu sein ». Psychose-Seminare - Hilfe zum Dialog ( « Il est normal d’être différent ». Les ateliers de trialogue - Aide au dialogue), T. Bock, D. Buck et I. Esterer éditeurs, Bonn Psychiatrie-Verl., 1997

LE DEMARRAGE

1. Annonce publique

Les ateliers de psytrialogue ne sont pas des rencontres secrètes. En principe, quiconque s’intéresse au thème peut y participer. On peut penser à une annonce dans la presse locale, dans le programme des cours d’une université ou d’une école du soir /école pour adultes. Le plus souvent, il est opportun de l’annoncer par voie d’affiches dans les établissements psychiatriques et d’adresser des invitations ciblées aux associations régionales de proches et de personnes directement concernées, ou à des groupes locaux d’entraide.

2. Invitation conjointe

Le meilleur moyen d’attirer l’attention sur l’esprit de dialogue, qui caractérise la manifestation, est de réunir un représentant de chacun des groupes : personnes directement concernées, proches et collaborateurs, ceci au moment déjà de l’envoi de l’invitation. Les trois groupes se sentent ainsi directement interpellés.

LE CADRE EXTERIEUR

3. Un espace neutre

Une condition nécessaire à l’instauration du psytrialogue est un espace neutre, c’est-à-dire une salle qui, en raison de son caractère et de son usage quotidien, n’impose pas à l’avance un partage des rôles.

Une salle qui sert en permanence à des thérapies de groupe est moins propice qu’une salle de travail normale. Les salles situées en dehors du domaine psychiatrique, telles que les salles d’une école pour adultes, d’une bibliothèque ou d’une paroisse sont aussi appropriées.

4. Organisation du temps

La plupart des ateliers de psytrialogue commencent avec un nombre limité de séances « test », qui sont annoncées l’une après l’autre ; les thèmes proposés doivent porter sur des questions connues, par ex. « Comment comprendre une psychose ? » ou « De quoi a-t-on besoin lors d’une psychose ? ». Les véritables ateliers de psytrialogue se déroulent en général sur une période plus longue allant d’un semestre à une année. Le rythme varie d’hebdomadaire à mensuel. Un atelier est ainsi constitué, en règle générale, de huit à vingt rencontres. Les séances durent le plus souvent deux heures, avec une pause obligatoire comprise au milieu. La pause a une fonction importante, car elle sert à la détente et aux échanges de vues informels !

5. Participation libre

Cela va en fait de soi : un atelier de psytrialogue ne peut pas être imposé. Chacun est à même de décider pour lui-même à quel moment de son expérience et de quelle manière il va se montrer d’autres ou s’ouvrir à l’expérience des autres. Dans la plupart des ateliers de psytrialogue, il est possible de participer de manière ponctuelle à la discussion d’un thème particulier ou de venir « prendre la température », bien qu’il soit naturellement plus sensé de participer au processus de discussion de manière plus durable.

6. Possibilité de rester anonyme

Il n’est ni habituel ni utile, dans le cadre d’un atelier de psytrialogue, de forcer tous les participants à dévoiler leur propre perspective par le biais des présentations rituelles. Au contraire, il devrait aussi être possible d’y prendre part en tant qu’« inconnu ». Dans tous les cas, chacun devrait pouvoir déterminer à quel moment il veut parler de lui.

7. Taille moyenne

Les ateliers de psytrialogue ne devraient être ni trop grands ni trop petits. Un groupe trop petit peut ressembler trop rapidement à un groupe de thérapie et exercer indirectement une contrainte à partager son intimité. Tout silence prend de l’importance et la discussion perd de sa spontanéité. Un trop grand groupe peut en revanche créer trop de distance et rendre difficile la prise de parole par certains participants. Les expériences faites sont cependant différentes. De nombreux ateliers fonctionnent même avec peu de participants ; à Hambourg, maintes rencontres ont été fructueuses avec un nombre de participants allant jusqu’à une centaine.

COMPOSITION

8. Le dialogue entre personnes directement concernées, proches et professionnels est au centre

La tension interne de l’atelier de psytrialogue résulte de la participation des trois groupes touchés par la plupart des psychoses, indépendamment de leurs rôles respectifs. Les personnes directement concernées par les psychoses sont souvent plus à même de décharger des proches qui leur sont inconnus du poids qu’ils ressentent ; à l’inverse des proches écoutent mieux des personnes directement concernées qui leur sont étrangères. Et les professionnels, libérés de leurs propres responsabilités, saisissent plus librement et plus globalement les aspects de la psychose qui sinon leur échappent ; ils sont plus attentifs à leur propre participation à la rencontre.

9. Les étudiants et les personnes en formation facilitent la discussion

Les étudiants et les personnes en formation sont le plus souvent curieux et disposés à poser des questions de manière spontanée. Ils n’ont pas encore assimilé l’attitude de nombreux professionnels qui pensent savoir déjà tout et mieux.

10. Les ateliers de trialogue sont d’excellents lieux d’enseignement

Dans le cadre des ateliers de psytrialogue, les personnes directement concernées et les proches apportent une contribution importante à la formation. Les étudiants et les personnes en formation ne trouvent nulle part ailleurs la possibilité de découvrir toutes les perspectives propres à une psychose. En nul autre endroit on les rendra attentifs, de manière aussi authentique, à la subjectivité de l’expérience de la psychose et à la relativité de tous les efforts d’aide. Si des étudiants désirent participer en surnombre à un atelier, une limite s’impose certainement.

A Hambourg, l’atelier de psytrialogue a reçu un prix important en 1994, le Fischer Apelt-Preis de l’Université de Hambourg qui récompense un enseignement remarquable.

11. Les bénévoles et d’autres personnes intéressées représentent la collectivité

Dans de nombreux ateliers de psytrialogue, les bénévoles et d’autres personnes intéressées constituent un quatrième groupe. Une ouverture prudente des ateliers au public intéressé, après discussion claire avec des journalistes intéressés, peut permettre d’influencer positivement l’image qu’a le grand public de la psychose. C’est le but que se sont fixé les ateliers de psy-trialogue lors de leur premier grand échange de vues qui a eu lieu à Bonn en 1996.

MODERATION

12. Un ou plusieurs modérateurs ?

La plupart des ateliers ont un modérateur ; nombreux sont ceux qui changent de modérateur après un certain temps. Plusieurs ateliers ont un groupe de modérateurs, qui, autant que possible, tient compte de la composition tripartite de l’atelier.

13. Les tâches du modérateur

Outre les tâches formelles de direction du débat, la personne en charge de la modération doit prêter avant tout attention aux points suivants :

  • les thèmes doivent être formulés de telle sorte que les trois groupes se sentent interpellés ;
  • les questions et remarques directes entre les trois groupes ont la priorité, car elles vivifient l’échange d’expériences ;
  • les trois ou quatre groupes doivent être représentés de manière équilibrée. Lorsque l’opinion ou la perspective d’un groupe manque, il revient au modérateur de formuler un encouragement ou de poser la question directe correspondante. Lorsqu’un groupe cherche à dominer un autre, il revient au modérateur de mettre en lumière ce conflit. La tâche de le régler revient à tout l’atelier.

14. Ne pas surestimer le modérateur

Un modérateur n’est pas un directeur d’atelier. Il doit faciliter le débat mais non le déterminer. Il devrait jouir d’une certaine reconnaissance de la part des trois groupes. De nombreux conflits, tels que par exemple un participant qui parle beaucoup, sont bien mieux réglés dans le cadre même de l’atelier ou d’un sous-groupe que par une intervention autoritaire.

CONTENUS

15. Questions de fond

L’atelier de psytrialogue traite de deux questions de fond :

  1. Comment comprendre les psychoses de manière globale et non seulement médicale ?
  2. De quoi les personnes vivant une psychose, les proches et les professionnels ont-ils besoin pour être en mesure de prendre part à une rencontre et une confrontation ouvertes et loyales ?

16. Choisir ensemble les sujets de discussion

Des sujets de discussion variés permettent de revenir à nouveau aux questions de fond. Les thèmes devraient être choisis ensemble et non pas déterminés de manière dominante par une personne ou un sous-groupe. Divers ateliers de psytrialogue fixent les sujets de discussion de la prochaine rencontre au terme de la rencontre en cours, d’autres choisissent les sujets au début du semestre pour la durée de celui-ci. Certains en restent au même thème jusqu’à ce qu’il soit « épuisé », d’autres passent d’un sujet à l’autre selon un ordre déjà convenu.

17. Les sujets de discussion intéressent toujours les trois groupes

Les discussions les plus fructueuses portent sur des thèmes qui sont formulés de telle sorte que les trois groupes se sentent intéressés. Par exemple : le sujet « peur » ne s’adresse pas qu’aux personnes directement concernées par la psychose, ni le sujet « sentiments de culpabilité » aux seuls proches, ni le sujet « pouvoir » aux seuls psychiatres !

18. Laisser une place suffisante aux perspectives subjectives

L’atelier de psytrialogue a pour raison d’être de redonner aux expériences subjectives la valeur qui leur revient, en particulier les expériences des personnes directement concernées et des proches. Mais les professionnels sont aussi appelés à s’investir avec leur savoir, ainsi qu’avec ce qu’ils ressentent. Les ateliers de psytrialogue offrent la possibilité de raconter des histoires.

19. Recherche du sens

Les psychoses sont souvent présentées exclusivement comme les symptômes d’une maladie. Elles sont détachées de l’expérience générale de la vie ; de la sorte la scission qui est prétendument propre à la maladie est créée ou aggravée. Dans les séminaires de psytrialogue, il y a place pour comprendre de manière plus globale l’expérience de la psychose et pour se poser de manière ludique des questions sur son sens. La recherche du sens se déroule à un « niveau moyen », non pas sous l’angle analytique de la psychologie des profondeurs ni sous l’angle abstrait des théories sociales, mais quelque part entre ces deux niveaux. La psychose apparaît ainsi comme un dernier recours pour l’originalité, comme une canalisation des sentiments de peur, comme une issue à un conflit insoluble etc.

20. Une culture de conflits

Il y a de nombreuses vérités. La tâche de l’atelier de psytrialogue n’est pas d’uniformiser les opinions. La vérité est toujours subjective. Différentes expériences et opinions ont leur place, et justement à propos de sujets aussi sensibles que les neuroleptiques entre autres.

L’atelier de psytrialogue ne peut justement pas avoir pour mission de nier les intérêts et points de vue divergents. Il s’agit bien plus de mieux connaître les divers points de vue et de développer une langue commune voire une culture de conflits, afin d’aborder réellement le contenu même des conflits.

 

(Traduction : PMS-Romandie)

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